Conduire ses hommes : Ernst Jünger ou les constantes du leadership

In stahlgewittern

Personnalité controversée après la IIe Guerre mondiale pour ses écrits nationalistes des années 30, Ernst Jünger n’en demeure pas moins un des plus grands écrivains de guerre en raison de son chef d’œuvre « Orages d’Acier » qui retrace son parcours au sein de son régiment d’infanterie allemand, dit de « Gibraltar », de 1914 à 1918. Nombreux sont les militaires qui l’ont lu et relu, y trouvant une source d’inspiration pour développer leur propre leadership, ou tout simplement se rêver dans ce destin héroïque.

 Engagé volontaire comme simple soldat en 1914, il passe tout le conflit au sein du même régiment, alternant séjours en première ligne, périodes de repos et d’instruction, séjours en hôpital, car évidemment blessé à de multiples reprises. Les combats s’arrêtent pour lui en juillet 1918, après une ultime blessure reçue alors qu’il commande une compagnie. En convalescence, il apprend qu’il est décoré de l’Ordre pour le Mérite, la plus prestigieuse décoration allemande, créée sous Frédéric II de Prusse.
Passons maintenant à tout ce qui fait l’intérêt du roman sur le plan du leadership.
Ernst Jünger, enrôlé comme simple soldat, progresse en grade au fil des batailles, tout d’abord parce que miraculeusement il survit, ce qui est déjà un préalable à toute promotion (petit moment d’humour noir). Cette caractéristique première lui donne l’image de quelqu’un qui a de la chance et encourage donc ses pairs à s’en rapprocher. Bien qu’il se porte systématiquement volontaire pour les missions les plus périlleuses et trouve toujours des camarades pour l’accompagner.
Cette présence systématique au front, son ascension progressive permise par ses actes de bravoure, lui confère une légitimité portée par la perception d’un destin partagé.

« Allerdings befand ich mich am gefährlichsten Ort, und dort genießt man die höchste Autorität ».
« En fait, je me trouvais à l’endroit le plus dangereux et c’est là que l’on jouit de la plus grande autorité ».

Ensuite au fil des pages nous apprenons qu’il protège ses soldats contre les règlements stupides, comme l’interdiction de pêcher dans un étang alors qu’ils sont de repos et que les rations alimentaires sont chiches. Nous pouvons lire également, tout au long de ce roman autobiographique, son admiration pour ses hommes, pour les soldats en général.

« Nichts war in dieser Stimme zurückgeblieben als ein großer Gleichmut ; sie war vom Feuer asgeglüht. Mit solchen Männern kann man kämpfen ».
« Il ne subsistait rien d’autre dans cette voix que de l’indifférence ; elle avait été forgée par le feu. Avec de tels hommes on peut combattre ».

« Ihre Führer waren gefallen ; sie standen aus eigenem Antrieb am richtigen Ort ».
« Leurs chefs étaient tombés ; de leur propre initiative, ils se tenaient là où il fallait ».

Ce partage permanent avec ses hommes, même si par ses fonctions, il s’accorde un abri plus confortable et bénéficie d’une ordonnance (un assistant personnel en langage business ;-)), son prestige devient tel que les soldats l’entourant accomplissent stoïquement leur devoir.

« Ab und zu, beim Schein der Leuchtkugel, sah ich Stahlhelm an Stahlhelm, Klinge an Klinge blinken, und wurde von einem Gefühl der Unverletzbarkeit erfüllt. Wir konnten zermahmt, aber nicht besigt werden ».
« De temps à autre, à la lumière des balles traçantes, je voyais les casques d’acier, les baïonnettes briller l’un à côté de l’autre, ce qui m’emplit d’un sentiment d’invulnérabilité. Nous pouvions être écrasés, mais pas vaincus ».

Que pouvons-nous retirer de cette existence extrême comme leçon pour notre quotidien ?

Le leader tire sa légitimité de sa présence auprès de ceux qu’il commande. Il ne s’agit pas simplement de rendre visite, mais bien de partager.

Le leader doit aimer et admirer ceux qu’il dirige. Ils le sentent et chercheront à le rendre, mais concrètement, l’ingratitude restera quand même un fléau relativement répandu.

Protéger dans la mesure du possible ses équipes les soude et les attache au leader.

Le leader doit prendre des risques et susciter ainsi la confiance autour de lui, car c’est alors qu’il peut ou doit donner mettre en mouvement ses équipes.

Enfin, Ernst Jünger le rappelle à bon escient : le chef est là où les événements l’exigent, pour qu’il y tienne son rôle, tout son rôle.

Références:
Ernst Jünger, Orages d’Acier (Le Livre de Poche) chez Amazon : lien
Biographie d’Ernst Jünger  par Julien Hervier chez Amazon (Fayard) : lien

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Une réflexion au sujet de « Conduire ses hommes : Ernst Jünger ou les constantes du leadership »

  1. Ping : Non, les militaires ne se contentent pas d’obéir aux ordres (d’après Ernst Jünger) | Développement du Leadership

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