S’inspirer de Machiavel pour asseoir son leadership

Machiavel porte une image négative, jetant le discrédit sur quiconque revendique avoir « Le Prince » comme livre de chevet. Calculateur, manipulateur, menteur, cynique, voilà les qualificatifs les plus aimables qu’un leader se verrait attribuer si d’aventure il venait à se revendiquer de cet auteur.

Le but de ce billet est de permettre au lecteur d’avoir un autre regard sur cet ouvrage qui est finalement beaucoup plus positif et porteur de valeurs que sa réputation dans l’opinion publique ne pourrait laisser croire. La source documentaire est donc « Le Prince », édité par Garnier Flammarion et traduit par Yves Lévy.

En tout premier lieu il importe d’accepter une analogie entre d’une part le prince qui vise à rester à la tête de son territoire, la défend contre l’ennemi et d’autre part le dirigeant qui conduit la destinée d’une entreprise et la protège des appétits des concurrents. L’un comme l’autre doivent faire face à un environnement qu’ils ne maîtrisent pas ou si peu. L’un comme l’autre tentent de réduire cette part d’incertitude pour développer qui sa principauté, qui son entreprise. D’ailleurs, comme il existe des princes héréditaires, il est des entreprises qui sont transmises aux héritiers.

Puis, il y a l’art et la manière de faire prospérer sa cité et de se maintenir à sa tête. Hormis les quelques passages relatifs à l’élimination de la population d’un territoire conquis, ce livre n’est rien d’autre que la description minutieuse de pratiques ancestrales, qui s’appliquent tant à la direction d’un Etat que et pourraient aisément être étendues à une entreprise. Pour revenir à cette élimination de la population, qui est souvent mentionnée pour disqualifier Machiavel, elle est tout à fait marginale dans l’ouvrage et n’est absolument pas encouragée. Elle est à prendre comme un témoignage de pratiques antiques.

Nous allons donc maintenant traiter quelques thèmes en nous appuyant sur le texte même de cet essai.

Machiavel est-il l’ennemi des salariés ?

On pourrait penser que Machiavel n’a guère d’empathie pour les petits et les sans-grades, car nous nous situons en pleine Renaissance dans une société nettement cloisonnées. Voici donc quelques citations :

« Celui qui parvient à la monarchie avec l’aide des grands se maintient avec plus de difficulté que celui qui le devient avec l’aide du peuple ».

« je conclurai seulement qu’à un prince il est nécessaire d’avoir l’amitié du peuple ; autrement il n’a, dans l’adversité, point de remède ».

Traduit en langage moderne, il ne faut pas se couper de sa base, et il convient de s’assurer que jusque tout en bas de la hiérarchie, chacun reste mobilisé vers les objectifs communs. Le mépris envers les petites gens n’apporte donc rien, au contraire.

Comment agir avec les directeurs de services ?

Il suffit encore de procéder par analogie, en s’inspirant du français contemporain : nous parlons bien de « baronnies » ou de « grands féodaux » pour évoquer ces directeurs qui savent tout sur tout et sont indéboulonnables. Chacun a été confronté un jour à leur suffisance…et en a fait partie à son tour !

Machiavel mentionne la difficulté à obtenir la loyauté des barons et dénonce leur sens aiguisé de leurs propres intérêts. Il insiste sur le danger qu’ils représentent en raison même de leur puissance et leur capacité à faire tomber le prince.

« Celui qui parvient à la monarchie avec l’aide des grands se maintient avec plus de difficulté que celui qui le devient avec l’aide du peuple ; car il se trouve au milieu de force gens qui lui paraissent être ses égaux et par là il ne peut ni les commander ni les manœuvrer à sa guise ».

Au fond, si le leader est légitimé par la base, il sera plus difficile aux barons de maintenir leur influence. A contrario, si le leader se coupe de lui-même des couches subalternes, il est pieds et poings liés entre les mains des directeurs qui non seulement lui font remonter les informations qu’ils veulent, mais qui plus est, affaiblissent  volens nolens la légitimité du grand patron auprès des troupes par le caractère exclusif de leur pouvoir et l’absence de recours en cas de litige.

Nous conviendrons que les directeurs doivent conserver une large autonomie pour plus de liberté d’action et d’efficacité. Néanmoins, ils ne devraient pas avoir de domaine réservé où il est même interdit de regarder. La légitimité du boss doit également passer par le contact direct avec tous les grades de l’échelle sociale.

Le patron est-il un brave type ?

Pour y répondre, je me contenterai de citer Machiavel :

«…les hommes hésitent moins à nuire à un qui se fait aimer qu’à un qui se fait craindre ; car l’amour est maintenu par un lien d’obligation qui, parce que les hommes sont méchants, est rompu par toute occasion de profit particulier ; mais la crainte est maintenue par une peur de châtiment qui ne t’abandonne jamais ».

C’est peut-être à cet endroit que certains désapprouveront ce Machiavel qui voit l’homme méchant. Mais il n’est ni le premier, ni le dernier. Et dire que chaque être humain poursuit des buts qui lui sont propres n’a rien, mais vraiment rien d’injurieux ! Le coût d’un comportement trop coulant sera que les intérêts individuels, mis sous le boisseau par la crainte des sanctions, reprendront le dessus, chacun cherchant à maximiser ses gains au détriment de la collectivité. En regardant autour de soi, on trouvera moult exemples dans sa propre expérience où telle entité s’est effondrée comme un château de cartes par la faiblesse du chef.

Le patron doit-il être un salaud ?

Eh bien, soyez rassurés : non, le patron n’est pas un salaud, enfin, ce n’est pas ainsi que Machiavel l’écrit, mais ça y ressemble fort.

« Le prince, cependant, doit se faire craindre en sorte que s’il n’acquiert pas l’amour, il évite la haine, car être craint et n’être pas haï peuvent très bien se trouver ensemble ».

Suivent quelques considérations anachroniques bannissant la saisie des biens d’autrui, mais que l’on pourrait adapter aux temps modernes en parlant d’injustices et tous prétextes pour ne pas honorer ses engagements.

Le chef dirige-t-il seul ?

Machiavel, décidément très actuel, du moins c’est mon avis, ne pense pas non plus qu’il faille diriger seul. Si la décision appartient finalement au prince, il doit savoir s’entourer de conseillers et jouer collectif :

« C’est pourquoi un prince sage doit tenir une troisième voie en faisant choix dans son Etat d’hommes éclairés, et à ceux-là seuls il doit donner toute licence pour lui dire la vérité, et sur cela seul sur quoi il les interroge, et rien d’autre ; mais il doit les interroger sur toute chose et entendre leurs opinions, puis décider par lui-même à sa guise… »

Et suit une condamnation ferme de l’esprit de cour ou comme de celui qui écoute toujours le dernier à entrer dans son bureau :

« Qui fait autrement, ou il s’écroule à cause des flatteurs, ou il change souvent à cause de la diversité des avis : d’où résulte qu’on fait de lui peu d’estime ».

En conclusion, je dirais que Machiavel constitue indubitablement une bonne lecture pour tout leader en mal d’inspiration !

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