Ayons un peu de pitié pour les Monsieur-Je-sais-tout, véritable plaie du management

Cet article est presque une lettre ouverte à mes frères, mes amis, mes jumeaux, ceux qui comme moi savent tout mieux que tout le monde et n’ont donc pas besoin d’écouter avant de prendre une décision, mais seulement de parler pour exprimer quel est leur choix, que chacun s’empressera de mettre en oeuvre avec « Stupeur et Tremblement » ainsi que l’écrivait si bien Amélie Nothomb.
Est-ce là le cas général ? Bien sûr que non ! Mais je l’ai suffisamment subi…mais aussi pratiqué pour affirmer qu’il n’est pas si rare, bien au-delà de mon milieu professionnel.

Un point essentiel : je crois (sans preuve) ce genre de comportement plutôt insupportable n’est en aucun cas lié à un quelconque niveau objectif de responsabilité, mais plutôt au sentiment que ces managers développent. C’est-à-dire le sentiment d’être arrivés à un niveau suffisant de savoir et de légitimité pour ne plus avoir besoin d’écouter avant de décider. A quoi est donc due cette suffisance qui interdit au dirigeant d’écouter les autres et lui fait croire qu’il dispose de dispositions intellectuelles pour se passer de l’avis des autres ?
Le premier sentiment qui me vient à l’esprit est celui de la solitude qui accompagne le quotidien des cadres dirigeants. En effet, des années durant, ils ont appris à se méfier des chausse-trappes de tout genre, venant aussi bien de leurs équipes, que des meilleurs amis ou bien encore de chefs prompts à trouver un responsable autre qu’eux-mêmes. Ça n’incite pas à la confiance, n’est-ce pas ?
La deuxième chose qui me vient à l’esprit est la somme de sacrifices personnels que ces dirigeants ont dû consentir pour gravir les échelons. Les études particulièrement sélectives et élitistes, l’équilibre précaire (quand il existe) de leur vie de famille, le stress permanent des résultats ou des aléas susceptibles de réduire à néant tout projet, toutes ces épreuves, lorsqu’on les surmonte, sont susceptibles de générer un sentiment d’infinie supériorité, voire d’invincibilité face à ceux qui ont choisi ou n’ont pas pu s’engager dans cette voie exigeante.
Pour autant, juger l’être humain à l’aune de ses seules ambitions professionnelles me semble terriblement réducteur. Rien ne dit que ce monsieur-je-sais-tout n’est pas terriblement anxieux, craintif, déstabilisé par tout ce que l’on exige de lui. En effet, on attend de lui qu’il soit parfait en tout, tant vers ses propres dirigeants que ses collaborateurs ; ses enfants lui font payer ses absences ; son cynisme peut le dégouter (eh oui, c’est possible).
Enfin, l’orgueil de se montrer à la hauteur en toutes circonstances conduit à accepter des fonctions où l’on ne se sent finalement pas dans son élément, où l’on craint secrètement de ne pas être reconnu par ses pairs et ses collaborateurs comme un chef compétent et efficace, bref, où l’on se sent jaugé et jugé en permanence. Il est parfois surprenant de voir un dirigeant de très haut niveau complètement stressé par une situation, où la raison nous indique pourtant l’absence de tout enjeu, même secondaire.
Bref, je suggère à chacun d’avoir un peu de compassion pour ces dirigeants imbuvables : il se peut fort bien qu’ils soient plus en souffrance que nous…en revanche, le leur faire admettre, ça c’est une autre paire de manches.

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