La crise du management public ou comment conduire le changement –Sylvie Trosa

Une amie a récemment souhaité que je l’aide dans ses travaux sur le management dans le secteur public. N’écoutant que mon bon cœur et mon intérêt égoïste pour le sujet, j’ai cherché quel ouvrage serait susceptible de retenir mon attention. Mon choix s’est porté sur « La Crise du Management Public », écrit par Sylvie Trosa (lien).

9782804166724

Haut-Fonctionnaire, l’auteure connaît parfaitement les mécanismes de l’administration française et en démonte les dysfonctionnements. Le plus effrayant dans son analyse est le caractère systémique de la résistance au changement dans la fonction publique.

La polarisation des échelons décisionnels

Les ministres, volatils, sont relayés par des cabinets tendant à piétiner les directeurs d’administration, dont le dialogue avec leurs propres administrations est restreint à une communication verticale. En conséquence, le dialogue est réduit à sa plus simple expression, i.e des directives auxquelles s’opposent des revendications catégorielles fortement teintées de corporatisme.

Pour revenir à l’échelon politique, l’auteure dénonce la tendance à légiférer pour marquer son passage, plutôt qu’à se soucier de l’application des textes déjà existant. Je concède que faire passer SA loi est quand même plus valorisant que le quotidien âpre et peu gratifiant du contrôle de l’application des textes d’un prédécesseur, … parfois rival et honni.

Passons sur les cabinets, accusés de doublonner avec les directions d’administrations, les castrant de toute velléité créative, mais aussi de servir de repaire aux ambitions personnelles, condition indispensable à la multiplication des directives et autres demandes d’information sans que cela ne soit précédé de la conception d’une stratégie politique.

L’insignifiante implication des fonctionnaires

Alors qu’il est souvent reproché aux syndicats de s’opposer par principe et corporatisme à toute réforme, l’auteure rappelle avec pertinence que réformer une organisation impose d’impliquer tous les échelons, pour qu’ils puissent participer activement à la conception du changement. Elle dénonce ces réformes qui s’accumulent, imposées par le haut soi-disant pour gagner des délais, mais qui s’écrasent contre le récif de l’inertie de fonctionnaires peu impliqués et qu’on ne veut d’ailleurs pas impliquer.

  1. Trosa rappelle alors avec pertinence que la réussite du changement passe d’abord par l’adhésion des échelons chargés de le mettre en œuvre, et donc par le dialogue. Certes, cette phase de discussion et de négociation est chronophage et peut conduire à redéfinir le périmètre et les modalités d’un tel projet, mais elle permet d’aller plus vite et plus efficacement lors des phases ultérieures et d’éviter donc ces mêmes récifs grâce à l’engagement de tous les échelons de direction comme d’exécution.

Conclusion : parler, toujours parler

Bref, cet ouvrage est fort juste, même si malheureusement plutôt inquiétant sur les capacités de réforme de notre belle administration. Enfin j’ajouterais que le dialogue ne peut être conjoncturel et lié à la préparation d’une quelconque réforme. Pour éviter les polarisations intempestives des différents partenaires sociaux, il me semble préférable que le dialogue entre les catégories de fonctionnaires, mais aussi avec les représentants syndicaux, soit un effort constant et quotidien, permettant de faire entrer progressivement la culture du dialogue dans nos administrations, d’autant que certaines y sont très bien parvenues, comme l’indique Mme Trosa.

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