Le temps, facteur subjectif de la prise de décision

Le temps est un élément clé de tout processus décisionnel, s’imposant comme une contrainte lorsque nous sommes pressés, ou s’offrant comme un allié, lorsque nous avons su prendre l’initiative. Selon le cas, nous en sommes l’esclave ou le maître.

Cependant, le temps est loin d’être une donnée objective.

Sa description chronologique vise à nous donner des repères fixes, inaltérables et reconnus de tous qui nous permettront de nous y retrouver dans le tourbillon des événements qui scandent nos existences : « Il y a 3 jours, j’ai entendu ceci… il nous reste peu de temps pour réagir ;  nous devons donc prendre une décision avant lundi prochain ». Certes, c’est un exemple bateau, mais il faut bien illustrer l’importance de la mise en succession des événements pour construire cette fameuse chronologie préalable à la prise de décision.

Pourtant l’objectivité s’arrête à l’expression formelle de l’échéancier, qui reste absolument nécessaire mais dissimule une réalité bien plus complexe et quasiment impossible à appréhender.

Toute chronologie est sélective

En premier lieu, la présentation d’une chronologie est d’abord une affaire de choix : son auteur ; individuel ou collectif, va mettre en exergue les événements qui ont capté son attention, qui lui semblent déterminants pour la suite du travail à effectuer. Pour un même événement, on peut déjà avoir plusieurs points de référence : quand on en a perçu les prémices sans véritable certitude ; quand il a débuté ; quand il a atteint son paroxysme ; quand il s’est achevé ; quand ses conséquences ont fini de se faire sentir.

Ce seul choix peut être lourd de sens : sommes-nous dans l’urgence ? Avons-nous fait preuve de négligence en n’ayant pas anticipé ce qui allait se produire ? Est-il encore utile d’agir ? Ainsi en occultant dans notre description les signaux annonciateurs de l’événement, nous pouvons nous disculper. En les rappelant, nous illustrons au contraire notre sens de l’anticipation et pouvons alors nous mettre en valeur.

Toute chronologie est réductrice

La transcription d’une chronologie ne peut exprimer l’importance que l’événement a pris dans les consciences et les mémoires, car elle constitue en premier lieu l’alignement de jalons dans lesquels tout un chacun pourra scander le temps qui passe, tout comme 1515 c’est Marignan.

En revanche, il sera quasiment impossible de retracer l’influence que ce même jalon aura eu dans les histoires individuelles et collectives, comment des années après nous pouvons en parler avec une force et une émotion qui nous montrent que cet événement est bien présent et ne saurait être réduit à un temps passé et révolu. Par exemple, en Allemagne rhénane, le traumatisme de l’invasion du Palatinat par les troupes du Maréchal de Turenne est resté dans les mémoires encore aujourd’hui. En Lorraine, le chêne multiséculaire dit « des Suédois », situé à Reyersviller, rappelle la pendaison des villageois pendant la guerre de Trente ans.

Un plan social, une restructuration provoqueront donc les mêmes traumatismes, bien au-delà de ce que l’on peut imaginer, surtout s’ils sont mal préparés.

Le temps est aussi affaire de perception individuelle

Nous connaissons tous ce phénomène extrêmement irritant du collègue qui nous dit : « aujourd’hui peut-être, ou bien encore demain », alors qu’il y a le feu au lac et que tout devrait être terminé pour ce soir…

Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise volonté : c’est d’abord une affaire de perception, qui peut trouver son origine dans de multiples facteurs, qu’ils soient culturels, liés à la motivation (quel est l’enjeu pour moi ?), à la maîtrise du sujet (le calme des vieilles troupes), ou bien encore dans des rivalités, où l’on joue la montre pour laisser le camarade monter seul au front.

En cela encore, le temps n’est finalement pas une donnée objective.

La subjectivité du temps est un élément de la décision

Nous allons donc retrouver l’ensemble de cette subjectivité du temps lors de la préparation d’une décision. Nous pourrons vouloir une information à tel moment précis, non pas parce que cela changerait quelque chose à notre décision, mais pour nous rassurer et avoir l’impression que nous gardons l’initiative de notre côté.

Mais le prix en est alors très élevé : nous transférons notre stress à nos équipes qui sont alors sous pression pour produire un résultat sous un délai exagérément contraint, ce qui aura plusieurs effets induits, puisque le résultat de leurs travaux sera de moindre qualité, car exécutés avec une pénurie de temps ; nous risquons aussi de perdre de notre crédbilité : si rien ne justifie cette urgence, nous pourrons nous retrouver par la suite avec des travaux réalisés à minima, les équipes ayant horreur d’être menées en bateau…

C’est pourquoi je conseillerais à chacun de s’interroger sur son rapport au temps pour bien l’identifier et enfin domestiquer cet animal imprévisible, polymorphe, parfois trop long ou trop court, mais surtout insaisissable.

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