Peut-on vraiment partager le pouvoir ?

L’exercice du pouvoir est un paradoxe en soi : on le définit bien volontiers par solitaire, tout en reconnaissant que seul, on n’y arrive vraiment pas et que tout serait plus facile si on avait des collaborateurs à niveau… ce qu’on ne souhaite pas vraiment, histoire de protéger son périmètre de la convoitise des autres. Bref, on nage en pleine contradiction, sans pour autant toujours l’admettre.

9782226254764gDu coup, en apprenant qu’un certain Eric Albert avait écrit « Partager le Pouvoir, c’est possible », (lien) je m’étais dit : « Hourra !  J’ai la martingale absolue qui va me permettre de déléguer sans crainte d’être piétiné par ceux ou celles que j’ai nourris de ma propre main».

Autant dire que ce n’est pas ici que vous serez rassurés sur votre invulnérabilité et apprendrez comment partager sans risque. Les exemples rebattus de Google et Favi sont plus des narrations de success stories avec leur lot d’exemples édifiants que de véritables analyses des conditions ayant permis cette évolution des mentalités. Au passage, on remarque le rôle clé d’un patron charismatique, qui lui ne partageait pas (trop) le pouvoir.

Ce qui manque en effet, ce sont les échecs dans ces mêmes entreprises. Nous avons globalement l’impression d’un monde irénique où les grincements de dents, les frictions, les manœuvres d’évitement, les conflits sont soit absents, soit survolés. Or c’est justement la capacité à résoudre les conflits qui permet ensuite le partage du pouvoir.

De loin en loin, puis avec plus de détails dans la toute dernière partie du livre, on se rend bien compte de l’unicité de ces exemples, nés de la rencontre entre un patron hors du commun (ou aimant se définir ainsi), d’une entreprise, son organisation et ses salariés, d’un contexte économique particulier. Leur caractère non-reproductible doit donc être souligné ; en gros : « copier n’est pas jouer ».

Au final, je retiens essentiellement que ce livre aurait pu être particulièrement utile pour motiver les troupes lors du séminaire annuel et tenter de leur faire croire que l’on allait enfin entrer dans une ère nouvelle du management, pleine de lumière et de joie partagées. Malheureusement ou fort heureusement, l’auteur a la sagesse de prendre de lui même ses distances avec ses propres exemples, mais seulement dans les derniers chapitres… n’en restez donc pas aux histoires merveilleuses et enchanteresses des entreprises qui un jour partagèrent le pouvoir et eurent beaucoup de filiales ; lisez-le attentivement jusqu’à la dernière page ; ou encore mieux, lisez d’abord les dernières pages et les exemples édifiants prendront un tout autre éclairage implicite avec de nombreux questionnements sur les non-dits de ces récits mythiques du management moderne.

Alors, peut-on partager le pouvoir ? Certes, c’est possible, mais c’est loin d’être gagné d’avance. Et surtout, c’est interdit aux faibles et ça, c’est ma recommandation…

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