Etre aware grâce à Jean-Claude Van Damme

Jean-Claude Van Damme est certainement un des acteurs les plus moqués sur le Web. Notamment en raison de ses interviews surréalistes, des films d’action tournés à la chaîne et d’une vie complètement chaotique.

Pourtant, oui, je l’admire. Justement pour tout cela, pour son côté fabuleusement décalé, l’impression qu’il débarque d’une autre planète, en nous offrant un choix simple : on le rejette sans discussion en riant aux éclats, ou bien on prend le temps de s’interroger. J’ai eu le déclic le jour où au fil de mes lectures, j’ai retrouvé le terme « aware » dans un ouvrage beaucoup plus austère qu’une interview de JCVD.

Ce sera donc mon premier article sur Jean-Claude Van Damme.

Eh bien oui, un bon manager est quelqu’un d’«aware ». C’est ainsi, on n’y peut rien.

Etre «aware »

En fait l’«awareness» revient à admettre les interférences et autres signaux parasites, qu’ils soient visuels, olfactifs, auditifs, mais aussi les simples sentiments qui tout à coup nous assaillent, sans que l’on ne sache précisément ce qui les a suscités. A l’opposé, le rejet de leur effet sur notre état d’esprit ou notre processus de réflexion permet de nier la part d’irrationnel qui est en nous, et l’infinie faiblesse des êtres que nous sommes, influençables par un ensemble de facteurs imperceptibles qui échappent à notre contrôle.

Ces interférences sont en effet particulièrement pénibles. Elles n’atteignent que rarement un niveau de pleine conscience, où nous pourrions les identifier, les analyser, puis les rejeter ou les accepter, comme éléments à part entière de la construction de notre jugement. Dans cette vidéo, JCVD est notamment perturbé par quelqu’un qui renifle, ce qui donne une scène assez cocasse. Et plutôt que de faire semblant d’ignorer, il concède être dérangé et lui propose un mouchoir.

Une réaction conventionnelle aurait consisté à feindre l’indifférence et à donc masquer le fait d’être dérangé, bien qu’irrité. En admettant cette perturbation de son environnement, il verbalise cette interférence, en fait un objet, pour constater que cela perturbe son interview et qu’il doit donc résoudre ce problème avant de poursuivre. Dans un contexte professionnel, cela pourrait se traduire par la réaction d’un cadre dirigeant agacé par une futilité, et qui plomberait une réunion par une mauvaise humeur, contraignant les participants à remiser les sujets sensibles susceptibles d’énerver le grand patron.

Refuser d’être «aware» est une funeste erreur

Dans toutes les relations hiérarchiques, le dirigeant tend d’ailleurs à laisser croire que sa décision est le fruit d’un raisonnement éminemment logique et donc implacable, exprimant ainsi sa supériorité intellectuelle. Il est également difficile de contrer une décision explicitement (en fait apparemment) rationnelle, puisqu’il faudrait alors se placer sur le même champ et donc développer tout un raisonnement pour s’y opposer, ce qui serait très couteux en temps et énergie avec le risque de ne pas être entendu en retour. L’optimisation de l’intérêt personnel conduit alors à se satisfaire de ce genre de décision en attendant des jours meilleurs, lorsque les événements auront d’eux-mêmes démontré la vanité du raisonnement prétendument logique.

Rejeter l’« awareness» pour se rassurer.

Pourtant, comme je l’ai déjà écrit (ici), la rationalité absolue n’est donc qu’illusion, très certainement sous l’influence d’une culture déifiant le règne de la raison et bannissant tout ce qui ne se conçoit pas clairement.

Cette approche réductrice permet d’accroître le sentiment de maîtriser notre environnement et facilite donc la préparation de la décision en s’appuyant sur des facteurs objectifs, au sens que nous pouvons les partager avec nos pairs et qu’ils peuvent leur donner la même interprétation que nous, tout en rejetant dans l’ombre, dans la sphère privée ce qui relève de l’indicible. Rejeter d’emblée ces signaux parasites peut en effet nous conduire à ignorer des éléments qui auront déclenché des mécanismes inconscients et donc influencé nous ou nos interlocuteurs, notre relation mutuelle ou notre décision, et donc introduire des biais dans nos choix…

Accepter d’être «aware»

Accepter d’être « aware », au contraire, nous permettra de donner à nos décisions, à notre management, un degré de finesse supérieur grâce à l’intégration de paramètres supplémentaires qui auront contribué, de toute façon, volens nolens à la construction de notre pensée, mais aussi à la construction de la façon dont nous interagissons avec nos interlocuteurs.

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4 réflexions au sujet de « Etre aware grâce à Jean-Claude Van Damme »

  1. Fabrice Jaouën Auteur de l’article

    Le terme « aware », je l’ai croisé dans un ouvrage de psychothérapie très sérieux (bien sûr, j’ai oublié ma source). Cette « awareness » est d’ailleurs très utilisée en arts martiaux pour exprimer une forme d’hypersensibilité à son environnement.
    Et le 1+1=2, tu peux le retranscrire de manière scientifique avec l’optimum de Pareto ou les notions de synergie…
    Bref, même s’il le dit avec ses mots, il n’a pas forcément tort sur toute la ligne…

    Répondre

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