Ai-je vraiment un patron psychopathe ?

Il est fréquent de lire que par leur insensibilité à la douleur des autres les psychopathes ont une meilleure performance professionnelle que les gens normaux, mais est-ce bien vrai ?

C’est possible, mais est-ce bien là que se situe le nœud du problème ?

N’étant ni psychiatre, ni psychologue, je n’avais pas de réponse à cette question, et ne souhaitais certainement pas en trouver une, des fois que je sois le premier concerné.

Une amie m’a alors conseillé de lire « The Psychopath Test » (en Anglais) de Jon Ronson.

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Il ne s’agit surtout pas d’un ouvrage scientifique et il comporte très certainement nombre d’approximations. En revanche, le lecteur moyen peut sans problème s’identifier à Ron Jonson : ce journaliste qui nous relate son voyage initiatique parmi ces personnages que nous croisons tous les jours dans nos vies et dont le comportement nous déconcerte est un excellent témoin et narrateur de nos existences. S’intéressant plus particulièrement aux psychopathes, il apprend à les reconnaître, découvre qu’ils sont charmeurs, calculateurs, insensibles aux peines qu’ils infligent et complètement égocentriques. Il en retrouve parmi des criminels endurcis, mais aussi dans la personne d’un homme d’affaires qui a construit sa fortune sur la fermeture de sites industriels, quitte à provoquer la ruine et la désolation autour de ces sites abandonnés.

L’auteur nous propose d’abord une vision du monde totalement manichéenne : les gens sains, d’un côté, et les fous de l’autre. Puis peu à peu, il s’interroge, découvrant une part de normalité parmi les psychopathes et autres personnes mentalement affectées. Sans nier la nécessité de protéger la société des criminels, Ron Jonson déduit alors que tout est question de seuil, de capacité sociale à accepter la non-conformité, la différence.

Cette acceptation de personnalités hors-cadre prend toute son acuité dans le management : l’organisation accepte-t-elle les cas non-conformes, mais dans quelle limite ? Ou est-elle entièrement tournée vers le recrutement de salariés totalement en phase avec la culture dominante, facilitant d’autant l’intégration par son rôle rassurant pour ceux déjà en place ? Mais n’y-a-t-il pas des situations où ces personnalités décalées sont utiles ? Finalement, cet homme d’affaires insensible au coût social des fermetures de sites a peut-être permis d’éviter à des groupes entiers de sombrer corps et âmes. Et d’un autre côté, ce n’était peut-être pas lui le problème central, mais plutôt les actionnaires qui de toute façon auraient liquidé la filiale et ses salariés, sans état d’âme.

En effet, quelle est la différence profonde entre la folie et une logique simplement basée sur l’intérêt, si dans les deux cas le résultat est le même ? Et surtout, ces « fous » qui nous terrorisent tant, ne sont-ils pas d’abord les témoins de nos propres faiblesses, de nos propres peurs, qui nous empêchent de nous opposer à eux et à leurs funestes intentions ?

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4 réflexions au sujet de « Ai-je vraiment un patron psychopathe ? »

    1. Fabrice Jaouën Auteur de l’article

      Je préfère me focaliser sur les effets qu’un trouble de la personnalité peut avoir sur l’environnement de la personne.
      Seul un psychiatre ou un psychologue pourra réellement dire ce dont il souffre et dans quelle mesure cela doit faire l’objet d’une prise en charge.
      D’ailleurs, il semble qu’être un « pervers narcissique » ne figure dans aucun dictionnaire médical.

      Répondre

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