Le Leadership à l’épreuve de la transition professionnelle

Le leadership est une qualité plutôt paradoxale qui peut être à la fois forte et extrêmement volatile, notamment en période de transition professionnelle.

La capacité à conduire des équipes, les emmener à remplir sans faillir des objectifs toujours plus exigeants apparaît à certains comme un talent inné, d’autant que les années en position de direction s’accumulent.

Pourtant ce leadership est d’abord une affaire sociale : pour exercer ce talent, il faut certes se sentir soi-même à l’aise dans le management des femmes et hommes placés sous son autorité, mais aussi être perçu comme un leader, à la fois par ces mêmes équipes et ses propres dirigeants. Dès que cet environnement social disparaît, cette posture est donc mise en danger et il importe donc de créer des points d’ancrage pour la consolider.

Pour mieux passer le cap de la transition professionnelle et rester serein dans ses qualités de leader, il est préférable de bien saisir la problématique et de s’y préparer…

La transition professionnelle ou la destruction du référentiel

Diriger des femmes et des hommes est à la fois une question de légalité et de légitimité. La légalité du pouvoir est essentiellement donnée par la position dans un organigramme ou le contrat de travail. En dehors de cela, chaque décision est contingente et peut être contestée par tout un chacun. Seules la pression ou l’influence peuvent contourner cet obstacle mais avec la fragilité du manque d’assise légale, sauf si l’on dispose d’une légitimité incontestée.

La légitimité peut venir de plusieurs sources : la reconnaissance par les pairs en raison d’une ancienneté certaine, d’une origine flatteuse, par exemple, comme une université ou une grande école. Les collaborateurs pourront aussi s’attacher aux qualités humaines, dont la capacité à décider, à fédérer et arbitrer. La gentillesse, j’y crois moins, mais c’est une appréciation personnelle. En revanche, la compétence joue un rôle incontesté, que ce soit à l’égard des pairs, des supérieurs, comme des collaborateurs. Evidemment, un facteur incontestable de la légitimité est la capacité renouvelée à générer du chiffre d’affaires.

Cet ensemble d’interactions permanentes et dynamiques créent avec le temps un référentiel toujours plus présent et que l’on finit par intégrer, par une inversion des causes, considérant alors que notre position professionnelle devient une évidence, une sorte de loi de la nature immuable et qu’il ne saurait en être autrement. Peu à peu nous nous persuadons que de mystérieuses qualités innées nous ont donc naturellement conduits à intégrer cette élite des cadres dirigeants, à laquelle nous appartiendrons jusqu’à notre dernier souffle.

Malheureusement, le destin peut en décider autrement et la situation de transition professionnelle sert de cruel révélateur : nos anciens thuriféraires détournent le regard et prennent désormais la lumière et l’inspiration chez le (toujours) médiocre qui nous a succédé. Nos dirigeants intarissables sur nos mérites nous expliquent sobrement que nous pourrons mieux exprimer nos compétences… ailleurs. Nos compétences sur lesquelles nous avons capitalisé pour progresser et asseoir notre autorité semblent désormais superflues ou dépassées.

Cette destruction soudaine de notre référentiel peut provoquer des réactions diamétralement opposées : nous pouvons nier cet état de fait et revendiquer le refus d’accepter que l’image que nous avions de nous était le reflet du regard des autres. Nous pouvons également, et c’est apparemment le cas le plus fréquent, entrer dans une période de doute profond avec le sentiment d’avoir à tout reconstruire.

Ces deux attitudes extrêmes seraient plutôt à bannir en raison des impasses dans lesquelles elles nous conduisent.

Savoir raconter des histoires

Le choc produit par l’annonce souvent brutale qu’il est mis fin à nos fonctions fait naître un immense doute, comme si nous étions immédiatement plongés dans l’obscurité, sans plus aucun point de repère. Tout ce sur quoi notre succès était construit se dérobe, s’efface, et nous pouvons alors rencontrer les pires difficultés à exprimer de manière positive ce qui était auparavant un parcours sans faute.

En regardant la manière française avec ce qui se fait ailleurs, notamment dans les pays anglo-saxons, il apparaît que nous sommes quasiment obsédés par le descriptif : j’ai fait telle école, j’ai tel diplôme, j’ai occupé tel poste, j’ai telles compétences. Mais ils sont susceptibles de se démonétiser rapidement, faute d’utilisation.

Je proposerais donc que l’on s’intéresse à ce qu’on a fait de ces diplômes et autres compétences. Pour ce faire, il serait bon d’entrer dans le narratif, ou le « story telling ». Narrer une histoire consiste à montrer que l’on n’est pas seulement un gestionnaire, mais aussi quelqu’un qui accomplit, qui construit. Dans cette perspective, les compétences ne sont plus une fin en soi, mais bien un moyen de parvenir à quelque chose. On utilisera en Français le terme de « réalisation », en Anglais, celui d’ « achievement », qui me semble beaucoup plus fort. Plutôt que de dire quelle école nous avons fait, décrire en quoi elle a influencé notre carrière, par ce qu’on y a appris ou vécu.

Qu’est-ce que ça change ?

La construction de nos souvenirs est d’abord un phénomène d’élimination de tout ce qui est superflu. Si l’on n’a pas l’habitude de revenir sur les choix que nous avons fait et notamment les processus qui nous y ont conduit, ils disparaissent ou bien encore, ils sont réduits à la portion congrue dans la masse de nos riches existences.

Se remémorer les défis que l’on a surmontés permet de conserver une posture dynamique et positive. Utilement, il s’agirait de considérer les conditions environnantes, les données de départ, points d’appui et obstacles et retrouver le cheminement qui a conduit au succès. Nous sommes donc bien loin du simple souvenir ou de l’anecdote.

Comme nous apprenons aussi de nos échecs, nous pouvons aussi revenir dessus, suivant ces mêmes principes.

En évitant la création de stéréotypes, du genre « déjà vu, déjà fait », cela permet de garder en mémoire toute la complexité des environnements auxquels nous avons été confrontés et donc de préserver notre connaissance du fonctionnement des organisations et des systèmes, dont nous aurons besoin au moment de retrouver un emploi.

Les compétences sont là, et elles doivent rester le socle, un socle que nous devons certes veiller à maintenir d’actualité par nos lectures et entretiens de réseau. En revanche, être capable d’insérer leur acquisition et leur développement dans un récit permet de retrouver le fil rouge d’une carrière et de tout remettre en cohérence.

Dans le cadre du leadership, qui est souvent difficile à conceptualiser, tellement l’expérience est intime et personnelle, cette démarche me semble donc particulièrement utile en ce qu’elle met des mots sur des sentiments, des émotions, des moments clés qui ont pu jouer un rôle décisif dans certaines circonstances.

 

 

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3 réflexions au sujet de « Le Leadership à l’épreuve de la transition professionnelle »

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