Le redressement de Caddie ou le dépassement de la seule dimension financière

Après deux dépôts de bilan, dont le dernier en juin 2014, Caddie (eh oui, les « Caddies » c’est d’abord une marque), ou plus exactement la Société des Ateliers Réunis, organisait il y a peu un journée portes ouvertes dans son usine de Drusenheim (Bas-Rhin). Je n’ai pas voulu rater la découverte de cette PME emblématique qui nous accompagne pour nos courses, dans les aéroports et dans bien d’autres activités, mais surtout, c’était là une occasion rare de comprendre comment une entreprise naguère en grande difficulté parvient à redresser la tête, retrouver la confiance de ses clients, innover (ça c’est bluffant: innover dans le chariot en inox… je n’aurais jamais cru ça possible), et surtout reconquérir des parts de marché.

Une précision essentielle, avant de continuer la lecture : cet article est le résultat de mes discussions avec des salariés de la Société des Ateliers Réunis (donc Caddie) et des impressions glanées au cours de mon parcours dans cette usine, un samedi après-midi de novembre et peut donc être sujet à débat.

A la découverte du « management total »

Plusieurs points m’ont interpellé au cours de cette visite et l’impression d’ensemble que j’en retire est celle d’un « management total ». En effet, la première surprise a été d’apprendre qu’une usine ouvrait ses portes un weekend, donc faire quelque chose de local, même pas destiné à ses clients et avec la participation de salariés qui voulaient seulement parler de leur métier. C’est quand même un peu à contre-courant des discours habituels. Non ?

En discutant, de ci, de là, j’ai découvert d’autres incongruités : un ouvrier m’a expliqué que sa machine fonctionnait à 30% de son rendement pour permettre au public de comprendre les séquences de cette étape de fabrication d’un chariot. Encore une aberration économique.
En effet, dans mon esprit, une entreprise passée deux fois tout près de la catastrophe aurait logiquement due être obsédée par ses résultats financiers, par sa trésorerie, son compte de résultat, que sais-je.

Eh bien non. J’ai trouvé une entreprise dont la prospérité trouvait sa source dans le dépassement de la simple dimension financière. Le redressement de la Société des Ateliers Réunis apparaît alors plutôt comme l’addition réussie d’un ensemble de facteurs matériels et immatériels, où le client, acheteur comme utilisateur, le salarié, de l’ouvrier au cadre dirigeant, le voisin, l’élu, sont acteurs de la réussite par leur travail, par leur engagement, par leur sens du bien commun.

Redonner du sens au travail et à l’entreprise

Tout cela est bien beau, me direz-vous, mais des exemples seraient quand même les bienvenus. Les voici donc.

Le Caddie, cela ne fait pas rêver grand monde, il faut être franc. Pousser le chariot un samedi après-midi n’a rien de bien exaltant.

Pourtant le parking de l’usine était plein : la population s’identifie tellement à cette usine qu’en semaine elle pousse des caddies pour faire les courses ou travailler, et le weekend, elle vient voir comment on les fabrique.

Plusieurs salariés, engagés dans des ateliers ou services différents, et que je vois séparément, m’expliquent les buts de l’entreprise, les marchés à conquérir, ceux qu’il est préférable de laisser de côté, les produits phares, l’importance de produire des chariots de qualité, en quoi Caddie se différencie de la concurrence, les perspectives de croissance. Cette convergence de vue est la marque d’une stratégie réfléchie, mais aussi d’un discours clair, partagé et surtout sincère. Et y parvenir… c’est rarement gagné. Impressionnant.

img_0171

On me parle d’un atelier autrefois délaissé et peu valorisé, mais sur lequel l’encadrement s’est investi pour le rendre plus agréable et le rapprocher du standard des autres ateliers de l’usine. Donc, ma question est simple : « Avez-vous pu identifier la valeur ajoutée que vous avez gagnée à l’occasion ? », la réponse a été négative, en m’expliquant que la dimension financière ne fait pas l’usine. L’amour du travail bien fait et l’engagement personnel passent aussi par des postes de travail aussi propres et organisés que possible. Et donc là, j’ai trouvé des gens capables d’agir, non pas par intérêt comptable, mais bien parce qu’ils ont jugé que c’était simplement leur rôle.

Enfin, j’ai beaucoup entendu parler du client, de l’importance du dialogue, de lui proposer des produits au plus près de ses besoins, d’innover, toujours innover, mais en pensant aussi à l’utilisateur, pas seulement à l’acheteur. Ce tropisme fort vers le client ne va pas de soi : nombreuses sont les organisations qui passent plus de temps à se préoccuper de réguler leur fonctionnement interne que de leur fonction qui est de produire un bien ou service et de le vendre.

Que peut-on tirer de cette journée portes ouvertes ?

Tout d’abord, visiter un acteur du tissu économique local est par définition intéressant, car cela permet de sortir de sa bulle.

Par ailleurs, sentir des salariés de tout niveau porter un projet d’entreprise cohérent et partagé est à la fois réjouissant et fascinant, surtout quand on imagine l’ampleur du travail réalisé en amont.

Clairement, l’équipe de direction a su s’extraire de la seule dimension financière pour repenser l’usine comme un lieu global et multiple où chaque acteur a son rôle à jouer, quel que soit sa place ou son niveau de responsabilité.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s