La Juste Colère ou la Défaite du Management

Qui se ne s’est jamais laissé aller à piquer une bonne colère contre ses collaborateurs ? On se sent tellement mieux après ; et en plus, tout le monde sait qui est le boss. Une explosion de testostérone, il n’y a rien de tel pour vous donner la patate, n’est-ce pas ?

Pourtant, une ire spontanée recèle bien des effets pervers sur la performance de l’entreprise. Nous allons maintenant en passer quelques-uns en revue.

De fait, l’expression de la colère est unidirectionnelle et le message qu’elle véhicule n’a donc pas vocation à créer les conditions d’un dialogue. En effet, la totalité de l’énergie et des capacités sensorielles sont mobilisées par deux injonctions paradoxales : le besoin impérieux de transmettre un message, combiné à une tentative désespérée d’en garder la maîtrise.

« L’autorité d’un général coléreux est aisément ébranlée, son caractère étant instable »
Li Ch’uan

L’absence de tout retour de la part des « interlocuteurs » ne permet pas de savoir si le message a été compris et accepté. Je sais, vous me direz qu’on s’en fout, qu’ils soient d’accord ou pas. Certes, mais ce n’est pas comme ça que cela devrait se passer. Tout le monde sait qu’en cas de tempête il faut fermer les écoutilles. Vous avez donc très peu de chances d’avoir été entendu. Et encore, on ne fait pas d’analyse transactionnelle, sinon, bonjour les dégats…

Quand on s’exprime, c’est d’abord pour obtenir un effet et cet effet doit avoir pour objectif d’améliorer la performance de l’entreprise.

Cette amélioration de la performance est-elle mesurable ? Sinon à quoi il sert, ce message ? Si on crie, mais que l’on n’est pas capable d’en mesurer les résultats en termes économiques, autant se taire…

« Si le général de l’armée ennemie est obstiné et enclin à la colère, insultez-le et rendez-le furieux pour qu’il soit courroucé, ne voie plus clair et tombe étourdiment dans le piège sans plus réfléchir »
Chang Yu

Bon, on peut aussi s’énerver car on n’est pas satisfait d’une image, d’une méthode de travail, des conditions du reporting, de je ne sais quoi… alors, juste une question, qui reste la même : quel est le but de nos hurlements ? Crier ne fait pas changer une culture d’entreprise et n’a guère d’influence sur un indicateur. L’indicateur est souvent prisonnier de mécanismes ou règlementations sur lesquelles on n’a finalement aucune influence et une culture d’entreprise est d’abord le fruit d’une lente sédimentation. Or, plus l’entreprise est ancienne, plus la couche de sédiments est épaisse…

En plus, il faut vraiment faire gaffe aux colères : la vie d’une entreprise est l’objet d’une incessante négociation qui permet d’éviter les confrontations et les rapports de force. Ces transactions implicites comme explicites contribuent à l’équilibre général entre les salariés, entre les salariés et la direction. La bonne colère, la sainte colère constitue en fait une tentative unilatérale de renverser un rapport de force que l’on juge défavorable. Une éruption passagère peut y parvenir, mais comme on veut un résultat immédiat, ce sera nécessairement sur un sujet simple, comportant peu d’interactions et donc… d’un enjeu limité.

Alors, alors, avant de vous faire exploser l’aorte ou de déballer le défibrillateur, il est préférable de se demander si l’enjeu en vaut vraiment, mais vraiment la chandelle.

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